Vincent Demulière n’est pas un novice dans le secteur. Co-fondateur de Quartier libre, il a travaillé pendant trente ans dans les métiers du livre, en France, pour des librairies de grande taille. Puis s’est tourné vers le livre numérique et l’e-book enrichi, une expérience à la fois décisive et complémentaire dans son parcours. « J’ai voulu quitter le management du profit, dans une époque digitale où il fallait repenser la librairie. Des enseignes connues ont fermé, et les taux de rentabilité du secteur sont extrêmement faibles. Mais l’on reste malgré tout attaché au support papier et j’en suis venu à repenser ce que pourrait être la librairie d’aujourd’hui : celle du XVIIe siècle 4.0. » Soit un retour au labeur d’imprimeur-éditeur, disparu à la révolution industrielle, et la création d’un lieu qui réunisse tout l’écosystème du livre.
Chez Quartier libre, on achète physiquement des bouquins, on papote autour d’un café si on veut, mais on peut aussi produire son propre écrit. Et c’est là que Gutenberg One intervient. « Nous avons investi dans un robot d’impression, une machine capable de coller, assembler, massicoter (couper) avec précision. L’idée est de permettre à chacun de réaliser de A à Z son propre projet de livre, ce qui rematérialise celui-ci et met en perspective la place de la librairie dans la Cité. Notre robot produit un ouvrage de 200 à 300 pages en 5 à 6 minutes. Cela peut être l’exemplaire unique des mémoires de votre grand-père, comme un essai tiré à cinquante ou cent unités. L’autoédition représente 10% du marché du livre, ce qui est non négligeable, et nous pouvons en plus nous positionner comme point de diffusion si l’œuvre rentre dans notre politique éditoriale. » Un comité de contrôle des contenus est par ailleurs mis en place afin d’éviter la mise en production de tout propos non respectueux et anti-démocratique.