C’est avant tout l’histoire d’une petite fille sénégalaise qui, à 7 ans, est excisée. Khadia est mariée à 12 ans, elle a son premier enfant passés ses 14 printemps. Mais la jeune femme n’accepte pas cette destinée et fuit en Europe, apprend à lire et écrire, et se rend compte qu’on lui a menti : non, subir une excision n’est pas normal. « Pour beaucoup de femmes des pays où on pratique l’excision, cela fait partie des traditions, c’est une norme sociale qui n’est pas remise en question, on a toujours fait comme ça. » explique Fabienne, directrice du GAMS et sage-femme référente au Centre Médical d’Aide aux Victimes de l’Excision de l’Hôpital Saint-Pierre. « On en trouve des traces déjà en 1.000 avant Jésus-Christ, en Haute-Egypte. Et elle n’est pas cantonnée à l’Afrique noire ou subsaharienne mais pratiquée dans de nombreux pays ou communautés, par exemple en Indonésie, Colombie, dans la population kurde. Une des croyances qui y est associée est de préserver la pureté virginale. C’est une volonté de contrôle essentiellement masculine sur le corps féminin, mais c’est aussi entretenu par certains rôles féminins au sein des familles » L’excision est même parfois réalisée par des médecins, et pourtant interdite par l’OMS.
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© GAMS - Khadia, fondatrice et Diariou, actuelle présidente
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Le public du GAMS est divers : personnes primo-arrivantes, femmes déjà excisées au pays d’origine, deuxième génération qui risque une mutilation des organes génitaux en rentrant sur le continent pour les vacances. « Les excisions et infibulations ne sont pas l’apanage d’une religion et notre public est composé de personnes musulmanes, chrétiennes ou animistes. Malheureusement, les imams non formés pensent que c’est une prescription religieuse et peuvent inciter dans leurs prêches à perpétuer ces pratiques.
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Ce marquage des corps est parfois effectué de manière beaucoup plus précoce ou tardive selon les pays. Cela va du bébé de deux ans au Mali à la femme de 50 ans en Guinée forestière.
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Cela touche aussi les garçons lorsqu’on parle de circoncision qui pose des questions sanitaires, de consentement, et a des impacts sur le plaisir sexuel. C’est un débat que l’on a ouvert au GAMS après avoir reçu des appels d’hommes qui souffraient suite à une circoncision. Le GAMS se positionne également contre la chirurgie chez les enfants intersexes sans leur consentement et vous comprendrez que cela forme un tout complexe, auquel nous essayons de répondre de diverses manières. »
Prévention, protection, accompagnement, formation, plaidoyer et expertise, coopération internationale : l’action du GAMS est essentiellement ancrée ici, bien qu’il puisse constituer un relais pour des associations à l’étranger. Elle tient éminemment compte de la dimension communautaire et cherche à s’y frayer un passage. « Nous formons chaque année des relais au sein des communautés – les Community Voices – et nous pouvons nous appuyer sur la multiculturalité de notre équipe et de nos bénévoles. Une jeune génération activiste émerge aussi, produit des podcasts, libère la parole des femmes. Nous travaillons avec les plannings familiaux, les maisons médicales, l’ONE, la médecine scolaire, Fedasil, et renvoyons aussi avec les deux hôpitaux belges spécialisés en chirurgie de réparation et accompagnement multidisciplinaire, à Bruxelles et Gand.» Employant 25 travailleuses et travailleurs, le GAMS accompagne entre 900 et 1.000 nouvelles personnes par an, et leur offre un service social, psychologique, juridique.
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© GAMS -
En quête d’hybridation des ressources financières
Créé en 1996 en Belgique (il existe depuis 1982 en France), le GAMS jongle avec … 35 sources de financement différentes afin de boucler son budget. « Nous avons un soutien structurel de la Wallonie pour un équivalent temps plein, deux emplois APE, des aides de Fedasil, etc. 80% de nos financements sont publics, pluriannuels ou non, et 15% proviennent de dons, de fondations. Nous avons aussi quelques prestations de services – de la formation – et nous aimerions que cette part propre et privée double et puisse palier à la diminution observée dans l’allocation des deniers publics. Dans ce cadre, nous sommes actuellement accompagnés pour challenger notre modèle économique. Une des pistes étudiées est d’investir un lieu qui pourrait accueillir des activités qui mettent en valeur le métissage et les cultures d’ailleurs : cuisine, couture, coiffure … Quelque chose de positif à transmettre qui gomme le souvenir des souffrances endurées ».En 2025, le GAMS publiait une étude d’impact social réalisée en collaboration avec l’ESSEC auprès de trois groupes-cibles (femmes accompagnées, hommes accompagnés, professionnel·les formé·es) : de quoi documenter l’absolue nécessité de son action. Pour toutes les Khadias.
En savoir plus : gams.be
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