Son nom renvoie au vingt-troisième article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1948 par les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale de l’ONU : « Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. » L’histoire d’Article 23 est quant à elle marquée par l’influence d’un courant de la psychiatrie qui se déploie notamment dans un hôpital de Trieste, dans le nord-est de l’Italie, sous l’impulsion de Franco Basaglia. « Ce directeur nouvellement promu veut changer l’hôpital, organisé de manière très compartimentée. Par genre, par pathologie. » explique Jean-Michel Stassen, depuis vingt ans à la tête de l’ASBL liégeoise. « Elu de la gauche radicale, il conduit une loi qui vise à désinstitutionnaliser la psychiatrie, pour l’amener dans la Cité. On parle alors d’une alter-psychiatrie, intégrée dans la ville et ses quartiers, avec des moyens réaffectés aux services médico-sociaux dans une vision plus systémique et inclusive. » Courant des années 70, la santé mentale devient l’affaire de tous.
Alternative aux courants antipsychiatriques, cette approche émerge à Lille, Birmingham, mais aussi à Liège, appuyée par une réforme sectorielle qui déplace le financement au lit vers celui d’habitations protégées. « L’optique est de soigner dans la communauté, le milieu de vie, avec une visée pluridisciplinaire. L’hôpital descend de sa colline, au propre comme au figuré, pour s’implanter dans la ville. Dans notre écosystème associatif, Revers porte cette démarche et crée douze places d’accueil. » Arrive ensuite une idée : appuyer le mieux-être de ces usagers fragilisés par une remise en mouvement qui passe par l’emploi. Des activités se mettent en place, portées par le personnel médico-social : on rénove un bâtiment, on cuisine. « Cela fonctionne, mais c’est en revanche inopportun pour les travailleurs de porter ces différentes casquettes métier. On crée alors les services d’insertion que l’on connaît maintenant, dont la palette est élargie par une opportunité de financement du Fonds Social Européen début des années 2000, et qui sont réunis dans les Expériences du Cheval bleu, équidé symbole de cette alter-psychiatrie. » Aide et soins, culture, éducation permanente, insertion socioprofessionnelle : le Cheval bleu Marco Cavallo combat la souffrance par une approche globale où l’usager redevient acteur de sa vie. On est bien loin du nid de coucou.