Un nouvel envol pour le Lion s’envoile

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Son histoire est courte de 20 ans et se termine provisoirement en 1999 : le Lion s’envoile est un nom connu des amateurs de jazz en Cité ardente, où il jouxte alors le Cirque divers, autre lieu dédié à la culture – mais aussi à la citoyenneté – dans les ruelles étroites du quartier Roture, en Outremeuse. Depuis lors, malgré une reprise par un privé dont la période covid aura eu raison des velléités festives, c’est le calme plat pour cette salle qui tarde à se trouver propriétaire et projet, là où son voisin se voit doter d’un supplément d’âme avec l’arrivée du KulturA., nouvelle place forte des cultures alternatives liégeoises, il y a maintenant 5 ans.
Depuis quelques jours, leur destinée est désormais de nouveau liée : propriétaire du KulturA., la coopérative immobilière DynamoCoop vient en effet d’acheter aux enchères le Lion s’envoile, pour un montant de 261.000€. ‘Nous avions ce bâtiment dans le viseur depuis quelques temps’ confie Adrien Louis, coordinateur d’une coopérative dont l’objectif est de sortir le bâti du marché spéculatif pour le destiner à la culture ou l’artisanat, en association avec un gestionnaire animateur du lieu. ‘La mise en vente du bâtiment, qui comporte la salle de spectacle et 3 maisons en très mauvais état, est une opportunité en or pour nous de sécuriser et de développer le projet du KulturA. tout en préservant un morceau de patrimoine. Nous avons dû agir vite, et l’opération a été rendue possible par la participation de plusieurs partenaires, Comptoir des Ressources Créatives et asbl 13 rue Roture (ndlr : le gestionnaire du K.) en tête’.
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© Jérôme Hubert - Delwood live @ KulturA.
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Si son affectation n’est pas encore déterminée, celle-ci va se construire en bonne intelligence, collective. ‘Après le passage chez le notaire, la première chose sera de sécuriser le lieu, quelques 200 m² au sol. Nous réfléchirons ensuite à son orientation générale, en co-construction avec différentes parties prenantes de l’écosystème, mais aussi les riverains proches. Il se peut qu’on y loge une activité diurne, car la production artistique est bien sûr avant tout une affaire de journée. Une autre piste est l’agrandissement du KulturA., ce qui lui permettrait d’avoir une salle de jauge moyenne. Le CRC devrait pouvoir y installer ses bureaux. C’est un projet qui a aussi pour ambition de redynamiser le quartier et qui va occuper Dynamo pendant une bonne année, avec un appel public à l’épargne pour financer les travaux’.
Agrandir le parc immobilier pour développer l’emploi
Avec quelques 550 coopérateurs, DynamoCoop est un outil innovant au service des métiers de la création. La coopérative possède déjà les Ateliers Dony, le KulturA., et Télénord, bâtiment qui accueille notamment l’Amicale des boulangers dans le quartier Saint-Léonard. Sortir le bâti de la spéculation immobilière, c’est également pour elle développer l’emploi, en interne et, surtout, en externe : ‘les Ateliers Dony ont permis au Comptoir des Ressources Créatives de grandir, sans parler des nombreux artisans utilisateurs du lieu qui ont ainsi pu trouver un indispensable point d’ancrage. KulturA. est une expérience plus que concluante, qui génère maintenant du salariat. En ce qui nous concerne, et au vu de notre métier très spécifique, il est clair que pérenniser l’emploi passe par l’agrandissement du parc immobilier. On peut d’ailleurs constater que la taille de celui-ci va de pair avec la confiance des banquiers !’. -
© CRC - Ateliers Dony
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Au-delà des briques, Dynamo a donc un réel impact sociétal, qu’elle interroge actuellement. ‘Le projet du Lion s’envoile s’inscrit en filigrane dans une démarche de réflexion sur DynamoCoop. Nous challengeons notre identité, notre modèle économique, notre fonctionnement participatif, avec pour objectif d’identifier les scénarios qui vont permettre à l’entreprise de croître tout en optimisant sa finalité de service à la collectivité. Il est donc possible qu’on élargisse le champ à d’autres secteurs que celui de la culture, qui est notre vocation première’.
En attendant, la vierge de la place Gabriel souffle, elle qui ne sera mangée que par les douces intentions d’un Lion s’envoile, qui ne demande qu’à hausser nouveau pavillon.
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