Adopté en décembre 2021, le Plan d’action pour l’économie sociale (PAES) s’était fixé une mission ambitieuse : déverrouiller le potentiel de l’ES d’ici 2030 pour en faire un pilier de la résilience et de la croissance inclusive. « Cinq ans plus tard, le contexte géopolitique a totalement changé, les crises s’enchaînent, nous sommes dans une autre réalité », a expliqué Ruth Paserman, directrice à la DG Employment, Social Affairs & Inclusion de la Commission européenne, lors d’un récent webinaire organisé par Social Economy Europe dans le cadre de la présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne.
S’articulant autour de 63 actions concrètes, le PAES a été le tout premier plan européen à porter une vision pluriannuelle aussi structurée et ambitieuse. Grâce à l’outil « Progress tracker », le rapport à mi-parcours dresse un inventaire des réalisations, des actions en cours et de celles restant à mettre en œuvre, tout en impulsant de nouvelles initiatives. La Commission prévoit, entre autres, de développer une boîte à outils à l’attention des autorités publiques régionales et locales pour appuyer le déploiement de politiques ES.
Un modèle plébiscité par les citoyens
Le rapport rappelle aussi les résultats de l’Eurobaromètre consacré à l’ES en octobre 2025 : 75 % des répondants jugent l’ES essentielle au bien-être de la société. Plus marquant encore, 93 % des sondés estiment que toutes les entreprises devraient s’inspirer des valeurs de l’ES, en appliquant par exemple la gouvernance démocratique ou le réinvestissement des profits localement.
Ce soutien se traduit dans les faits puisque près d’un Européen sur deux est engagé dans une organisation d’ES, que ce soit par le bénévolat (18 %), le don ou la consommation responsable.
Des impulsions politiques
Sur le plan politique, le rapport souligne que le PAES a servi de catalyseur, notamment par l’adoption de la Recommandation du Conseil sur les conditions-cadres de l’ES en 2023. À ce jour, 21 États membres ont adopté ou sont en train de préparer des stratégies nationales ou régionales dédiées. Douze pays ont déjà réformé leur cadre législatif pour mieux intégrer les spécificités des entreprises de l’ES. Plus largement, le plan a permis de renforcer la reconnaissance du rôle de l’ES comme écosystème industriel stratégique et comme moteur de cohésion sociale. Cependant, derrière ces chiffres encourageants, une certaine hétérogénéité persiste et la Recommandation du Conseil, bien que fondatrice, reste un acte non contraignant.
Le casse-tête du financement
Malgré la mobilisation de 1,62 milliard d’euros en subventions et instruments financiers de fonds structurels européens et 1,2 milliard de garanties via InvestEU (microfinance et entrepreneuriat social) pour la période 2021-2027, l’accès au capital reste le principal obstacle pour l’ES. L’outil InvestEU n’a bénéficié qu’à 3 000 entreprises – soit environ 1,2 % des structures d’économie sociale de l’Union – et l’axe dédié à l’accès au financement est celui dont la progression est la plus lente.
La Commission reconnaît que les modèles de l’ES, souvent axés sur le temps long plutôt que sur le rendement immédiat, peinent encore à convaincre les investisseurs traditionnels, faute de cadres d’investissement adaptés. Ces enjeux financiers sont d’autant plus cruciaux dans le cadre des négociations du cadre financier pluriannuel 2028-2034 de l’Union européenne.