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22.07.26

Comment Terre-en-vue fait des terres publiques un levier pour l’agriculture wallonne

Sans repreneur pour des milliers de fermes et confrontée à une flambée des prix du foncier, l'agriculture wallonne joue une partie de son avenir dans les dix prochaines années. Dans ce contexte, les terres agricoles publiques, soit 60 000 hectares détenus par les communes, CPAS, fabriques d'église ou encore la région, l’équivalent de près de 10 % de la surface agricole wallonne, représentent un levier pour aider de jeunes agriculteurs à s’installer. Depuis 5 ans, l'asbl Terre-en-vue a accompagné plus d'une centaine de propriétaires publics pour transformer cette réserve foncière en outil concret au service de l'agriculture, des territoires et des citoyens. À l'occasion de la Foire de Libramont, Terre-en-vue dresse le bilan de cet accompagnement et présente ses propositions pour l'avenir.
© Ferme Le Moulin de la Baronne
© Ferme Le Moulin de la Baronne
  • Une agriculture wallonne sans repreneurs et un prix des terres qui flambe

    En Wallonie, on compte aujourd’hui 12 381 exploitations agricoles, contre plus du double en 1990. La population active agricole affiche un âge moyen de 55 ans : 17 % des travailleurs ont moins de 41 ans, 52 % plus de 57 ans. 45 % des exploitations sont dirigées par des agriculteurs pensionnés ou proches de la pension, soit plus de 5 500 fermes pour lesquelles il faudra trouver un repreneur. Parmi les exploitants de 50 ans et plus, 37 % n’ont aujourd’hui aucun successeur identifié (chiffres officiels, portail wallon de l’agriculture, décembre 2025).

    Selon l’Observatoire du foncier agricole wallon, le prix des terres agricoles a augmenté de 51 % en 7 ans, pour atteindre en moyenne 40 000 euros l’hectare. Sur les 357 422 propriétaires de terres agricoles recensés en Wallonie, près de 340 000 ne sont pas agriculteurs : un marché tiré par des acheteurs extérieurs au métier, hors de portée pour la plupart des jeunes qui souhaitent s’installer.

    « Il nous manquera 5 000 agriculteurs et agricultrices d’ici 10 ans. Notre rôle est d’aider les propriétaires publics dans la mise en place d’une politique foncière au service du renouvellement des générations d’agriculteurs, des citoyens et de la production alimentaire locale » – Zoé Gallez, coordinatrice de Terre-en-vue

    Les terres publiques, un gisement encore largement sous-exploité

    Les terres agricoles publiques appartiennent à la région, aux communes, aux CPAS et aux fabriques d’église, acquises et reçues en héritage au fil de l’histoire. Elles représentent 60 000 hectares sur 743 715 ha, soit environ 8 % de la surface agricole en Wallonie. En Flandre, où la part de terres publiques est comparable, 50 % des fermes dépendent aujourd’hui de terres publiques pour tout ou partie de leur surface.

    À l’heure où les finances communales sont sous tension, la tentation de vendre ces terres au plus offrant peut sembler légitime. Mais en tant qu’acteurs publics, ces propriétaires sont aussi garants de l’intérêt général : lutte contre l’érosion et les coulées de boue, production alimentaire en circuit court, préservation de l’eau, des paysages et de la biodiversité.

    « La bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations. À l’heure où les finances communales et publiques sont sous tension, la tentation de vendre ces terres au plus offrant peut sembler légitime. Mais en tant qu’acteurs publics, ces propriétaires sont aussi les garants de l’intérêt général et de services aux citoyens : lutte contre l’érosion et les coulées de boue, production alimentaire en circuit court, préservation de l’eau, des paysages et de la biodiversité… Ce sont eux qui, en cas de problème, sont en première ligne pour répondre à ces besoins. La bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations » » – Françoise Ansay, responsable « Terres publiques » chez Terre-en-vue

  • © Ferme de Neubempt
    © Ferme de Neubempt
  • Des exemples concrets d’installation réussie

    Plusieurs communes, CPAS et fabriques d’église ont déjà fait de leurs terres un tremplin pour de nouveaux agriculteurs. À Sivry-Rance, une fabrique d’église a mis en œuvre, avec l’appui de Terre-en-vue, une procédure de vente à prix fixe favorisant la première installation plutôt que le plus offrant, pour une ferme de 26 hectares. Résultat : une nouvelle famille de jeunes éleveurs a pu s’y installer.

    Du côté de Rochefort, la fabrique d’église a mis en location ses terres et permis à un couple de maraîchers de s’installer durablement.

    À Namur, la Ville avait acheté dix hectares de terres agricoles à Bouge en 2022, avec un double objectif : renforcer l’autonomie alimentaire du territoire et réduire le risque de ruissellement des eaux. Un projet collectif de jeunes agriculteurs s’y est installé et a créé « La Ferme du Grand Feu », alternant vergers pâturés et maraîchage.

    Un levier aussi pour le climat, l’eau, l’action sociale et la biodiversité

    Au-delà de l’installation, les terres publiques peuvent aussi répondre aux défis climatiques et environnementaux des territoires. À Beauvechain, confrontée à des coulées de boue récurrentes, la commune réattribue ses terres agricoles en tenant compte de cet enjeu. Plusieurs CPAS ont aussi lancé des projets agricoles en lien avec leur mission – maraîchage en insertion socioprofessionnelle, approvisionnement d’écoles ou de crèches – notamment à Pepinster, Profondeville, La Louvière, Gesves, Les Bons Villers et Mons.

    Des outils pour accompagner les pouvoirs publics

    La première étape consiste presque toujours à établir un inventaire, de nombreux baux agricoles ayant été conclus oralement, ce qui rend difficile pour les communes de savoir précisément quelles parcelles sont louées, à qui et à quelles conditions. Vient ensuite la définition d’une politique foncière adaptée aux enjeux propres à chaque territoire.

    « Nous aidons le personnel communal, par exemple, à recenser les locataires, comprendre les baux agricoles, cartographier les terres. C’est ce que nous entamons actuellement avec plusieurs communes de la région d’Arlon via le GAL Arelerland » – Françoise Ansay, Terre-en-vue

    En cinq ans, Terre-en-vue a développé une série d’outils : un cahier des charges type pour la vente à prix fixe, un guide à destination des acteurs publics, un guide à destination des agriculteurs souhaitant louer des terres publiques, ainsi qu’une journée de rencontre entre CPAS. En partenariat avec l’Union des Villes et des Communes Wallonnes et l’Agence du foncier, Terre-en-vue donne des formations collectives et réalise des accompagnements ciblés.

  • © Terre-en-vue
    © Terre-en-vue
  • Faire évoluer la législation

    Depuis la réforme de 2019, la loi impose aux propriétaires publics de mettre leurs terres en location selon quatre critères obligatoires, donnant notamment l’avantage aux jeunes, aux petites fermes et aux fermes situées à proximité. Mais dans certains cas, les procédures d’attribution n’ont pas produit l’effet escompté.

    Pour aller plus loin, Terre-en-vue plaide pour quatre évolutions : l’accompagnement des jeunes candidats dans la constitution de leur dossier, la mise en place de jurys d’attribution pour écarter les candidatures trompeuses, la transmission des fermes hors cadre familial, et l’insertion de critères complémentaires déjà permis par la loi (soutien accru aux jeunes, vente locale en circuits courts, lutte contre l’érosion, protection de zones sensibles).

    Table ronde à la Foire de Libramont

    Le samedi 25 juillet à 11h, Terre-en-vue réunira à la Foire de Libramont des responsables de communes, de CPAS et de fabriques d’église pour partager leurs expériences sur la gestion foncière publique au service de l’agriculture. Plus d’infos : www.terre-en-vue.be/agenda/conference-foire-de-libramont-2026

    À propos de Terre-en-vue
    Terre-en-vue est un mouvement qui rassemble les agriculteurs et agricultrices, les citoyens et citoyennes et les pouvoirs publics pour défendre les terres agricoles nourricières et sécuriser l’accès à la terre pour les agriculteurs et agricultrices. Terre-en-vue accompagne aussi les propriétaires publics et privés dans la gestion des terres agricoles. Terre-en-vue existe depuis plus de 15 ans et est composé d’une équipe de 11 personnes.www.terre-en-vue.be
    Source : communiqué Terre-en-Vue
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