Une agriculture wallonne sans repreneurs et un prix des terres qui flambe
En Wallonie, on compte aujourd’hui 12 381 exploitations agricoles, contre plus du double en 1990. La population active agricole affiche un âge moyen de 55 ans : 17 % des travailleurs ont moins de 41 ans, 52 % plus de 57 ans. 45 % des exploitations sont dirigées par des agriculteurs pensionnés ou proches de la pension, soit plus de 5 500 fermes pour lesquelles il faudra trouver un repreneur. Parmi les exploitants de 50 ans et plus, 37 % n’ont aujourd’hui aucun successeur identifié (chiffres officiels, portail wallon de l’agriculture, décembre 2025).
Selon l’Observatoire du foncier agricole wallon, le prix des terres agricoles a augmenté de 51 % en 7 ans, pour atteindre en moyenne 40 000 euros l’hectare. Sur les 357 422 propriétaires de terres agricoles recensés en Wallonie, près de 340 000 ne sont pas agriculteurs : un marché tiré par des acheteurs extérieurs au métier, hors de portée pour la plupart des jeunes qui souhaitent s’installer.
« Il nous manquera 5 000 agriculteurs et agricultrices d’ici 10 ans. Notre rôle est d’aider les propriétaires publics dans la mise en place d’une politique foncière au service du renouvellement des générations d’agriculteurs, des citoyens et de la production alimentaire locale » – Zoé Gallez, coordinatrice de Terre-en-vue
Les terres publiques, un gisement encore largement sous-exploité
Les terres agricoles publiques appartiennent à la région, aux communes, aux CPAS et aux fabriques d’église, acquises et reçues en héritage au fil de l’histoire. Elles représentent 60 000 hectares sur 743 715 ha, soit environ 8 % de la surface agricole en Wallonie. En Flandre, où la part de terres publiques est comparable, 50 % des fermes dépendent aujourd’hui de terres publiques pour tout ou partie de leur surface.
À l’heure où les finances communales sont sous tension, la tentation de vendre ces terres au plus offrant peut sembler légitime. Mais en tant qu’acteurs publics, ces propriétaires sont aussi garants de l’intérêt général : lutte contre l’érosion et les coulées de boue, production alimentaire en circuit court, préservation de l’eau, des paysages et de la biodiversité.
« La bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations. À l’heure où les finances communales et publiques sont sous tension, la tentation de vendre ces terres au plus offrant peut sembler légitime. Mais en tant qu’acteurs publics, ces propriétaires sont aussi les garants de l’intérêt général et de services aux citoyens : lutte contre l’érosion et les coulées de boue, production alimentaire en circuit court, préservation de l’eau, des paysages et de la biodiversité… Ce sont eux qui, en cas de problème, sont en première ligne pour répondre à ces besoins. La bonne gestion des terres publiques est donc une responsabilité importante pour assurer la stabilité des fermes et leur transmission aux jeunes générations » » – Françoise Ansay, responsable « Terres publiques » chez Terre-en-vue