Alors qu’elle existe et s’organise aux quatre coins du globe, l’économie sociale n’a que récemment obtenu une reconnaissance sur la scène internationale. Un tournant s’est opéré en 2022 avec la Résolution de l’OIT sur « Le travail décent et l’ESS », la Recommandation de l’OCDE sur « l’ESS et l’innovation sociale », puis l’adoption en 2023 par l’ONU de sa toute première Résolution sur l’économie sociale : « La promotion de l’ESS au service du développement durable».
Une reconnaissance qui est le fruit d’un plaidoyer de longue haleine, porté notamment par les Rencontres du Mont-Blanc, nom historique du mouvement devenu depuis lors ESS Forum International. Mais sa mission ne s’arrête pas là. Il s’agit désormais de passer de la « reconnaissance » de l’économie sociale à son intégration réelle dans les politiques publiques nationales. « Les résolutions internationales sur l’économie sociale sont une avancée majeure, mais la vraie question aujourd’hui, c’est : qu’est-ce qu’on en fait ? Comment est-ce qu’on les anime, comment est-ce qu’on les transforme en leviers politiques concrets ? » interroge Alain Coheur, Président d’ESS Forum International.
Du cadre international aux politiques publiques
Des questionnements qui irriguent les rencontres annuelles organisées par ESS Forum International. Non plus au pied du Mont-Blanc, comme leur nom l’indique, mais à Genève depuis deux éditions, au siège de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Une nouvelle localisation, plus accessible pour les participants venus du monde entier, mais aussi une manière d’affirmer que l’économie sociale a toute sa place dans les institutions multilatérales.
Les Rencontres du Mont-Blanc (RMB) ne durent que deux jours mais veillent à laisser de l’espace et du temps pour se rencontrer, échanger, partager… et construire des relations de coopération. « On ne fait pas de diplomatie en échangeant simplement des cartes de visite. La diplomatie, c’est créer des liens durables entre des personnes, des organisations, des projets », affirme Alain Coheur. Pour préserver cette création de liens, les RMB misent sur un format restreint, avec une centaine de participants, parmi lesquels se côtoient entrepreneurs, acteurs de terrain, représentants d’organisations internationales, de réseaux et décideurs politiques.
Une des ambitions de l’événement est de sensibiliser les acteurs politiques en les mettant en contact direct avec des entreprises qui incarnent d’autres manières de produire et d’entreprendre. « Le monde politique reste aujourd’hui très imprégné du modèle capitaliste. Beaucoup de décideurs ne voient pas encore qu’il existe d’autres modèles économiques, viables, porteurs de valeurs sociales et environnementales. »
Or, aucune entreprise, qu’elle soit de l’économie classique ou sociale, ne se développe sans un minimum d’appui public. C’est là que les partages d’expériences prennent tout leur sens. Certains pays peuvent en inspirer d’autres. On pense par exemple au Sénégal, où l’année 2026 a été déclarée « Année de l’Économie Sociale et Solidaire », ou encore l’Espagne, qui est « probablement le pays qui fait le plus pour l’économie sociale en Europe ». « Ce n’est pas un hasard, déclare Alain Coheur, c’est lié à un gouvernement progressiste qui assume politiquement la promotion d’alternatives économiques (…) Quand un gouvernement croit réellement à l’économie sociale, il peut ancrer des politiques fortes. Le défi, c’est de les inscrire dans la durée, au-delà des cycles électoraux. »
La politique internationale joue ici un rôle structurant. En fixant un cadre commun, elle offre aux États une base de référence pour élaborer et renforcer des politiques d’économie sociale au niveau national et/ou régional.