À Bruxelles, près de 27.000 personnes, presque toutes des femmes, exercent le métier d’aide-ménagère. Un métier essentiel, rarement reconnu comme tel, et qui se retrouve aujourd’hui au cœur de l’actualité. En Wallonie, une réforme se prépare pour 2027 et à Bruxelles, le titre coûte 11,40 euros depuis janvier. Cette hausse a financé 0,77 euro brut de plus par heure sur les salaires, mais elle a aussi ouvert la porte à des frais administratifs sans plafond.
Sur le terrain, le constat est pourtant net. Selon une enquête de la CSC, six aides ménagères bruxelloises sur dix jugent leur charge de travail plus lourde depuis ces hausses, et près de sept sur dix souffrent de maux de dos. C’est un métier qui use les corps. Dans un système largement financé par la Région, les conditions de travail de celles qui prestent les heures restent au second plan des discussions.
Neuf d’entre elles ont décidé de ne plus attendre : plutôt que d’espérer un changement venu d’ailleurs, elles ont créé leur propre structure. Une agence qui leur ressemble, et surtout, qui leur appartient.
Les travailleuses aux commandes
Pour le client, rien ne change : le service, les titres et les 19 communes desservies restent les mêmes. Pour les travailleuses, tout change. Chaque fondatrice est copropriétaire, et la coopérative est ouverte à toutes les aides ménagères, femmes et hommes. En assemblée générale, chaque coopérateur dispose d’une voix, qu’il soit travailleur ou sympathisant.
Les statuts réservent toutefois les décisions essentielles, comme l’objet de la coopérative, à l’accord des fondatrices. Ce sont elles aussi qui décideront de l’usage des bénéfices. Deux engagements sont déjà posés : former les travailleuses, jusqu’à des choses aussi concrètes que lire sa fiche de paie, et leur ouvrir des perspectives de carrière, ce qui reste rare dans le métier.
Le modèle économique reste celui du secteur. Chaque heure prestée est payée en partie par le client et en grande partie par la Région. La différence tient donc à l’affectation des marges, orientées vers les salaires, la formation et les conditions de travail.
La coopérative ouvrira avec dix emplois à temps plein en janvier. Elle s’appuie sur un crédit solidaire de Crédal et sur les 25.000 euros de garantie exigés pour l’agrément, déjà déposés.
Des perles rares et une idée
Le projet est né de préoccupations communes à plusieurs aides ménagères. Parmi elles, Maira Caiza, vingt-six ans de métier, à qui la coopérative doit son nom. Il reprend ce que ses clients lui répètent depuis des années. « Vous êtes ma perle. Et des perles rouges, c’est très rare. » Elle aime son travail, mais regrette que pour certaines sociétés, les travailleuses soient « un outil de travail, pas une personne ».
Pendant le Covid, elle voulait créer sa propre société, mais les 25.000 euros de garantie lui ont d’abord paru insurmontables. Une formation à la création d’entreprise lui a fait comprendre qu’on pouvait faire autrement, à plusieurs. Une collègue partage son constat, puis une cliente, Isabelle Steenebruggen, rejoint le projet. Active depuis dix-huit ans dans l’économie sociale, elle met le groupe en contact avec Fabruka, qui aide des citoyens à transformer un besoin social en entreprise d’économie sociale. Fabruka les accompagne pendant plusieurs mois et la coopérative est constituée en juin 2026.
De rencontre en rencontre, le groupe s’agrandit jusqu’à neuf fondatrices, qui se reconnaissent dans une même règle de maison, résumée par Maira : « Chez nous, tout part du bien-être : écouter, respecter, prendre soin les uns des autres. Nous voulons des formations pour apprendre à bien travailler sans tomber malade. » Et elle tient à une précision : « Nous sommes une coopérative ouverte aux travailleuses et aux travailleurs. Notre combat, c’est celui des travailleurs : défendre leurs droits, améliorer leurs conditions de travail et construire ensemble un avenir plus juste et plus solidaire. »