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20.01.26

Interview – Mercosur : « Un traité qui sacralise la victoire du profit sur l’humain »

En ce début d'année 2026, le traité Mercosur est sur toutes les lèvres. Avec des agriculteurs qui manifestent leur colère à travers toute l’Europe et une Belgique politiquement « neutre » sur la question, l’accord de libre-échange est au cœur de vives tensions et soulève de nombreuses inquiétudes quant à ses conséquences. Entretien avec Magali Guyaut, directrice du collectif 5C, pour en décrypter les enjeux.
© Unsplash - Ieva Brinkmane
© Unsplash - Ieva Brinkmane
  • En tractation depuis plus de 25 ans, le traité Mercosur est un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du « Marché commun du Sud » : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Il vise à supprimer les droits de douane pour faciliter les échanges industriels dans des secteurs comme l’automobile, la chimie, l’industrie pharmaceutique, l’électrotechnique, le textile et, surtout, l’agroalimentaire.

    En Belgique, le dossier est particulièrement sensible. Le pays s’est abstenu lors du vote clé du Conseil de l’UE le 9 janvier dernier, révélant une fracture interne : la Flandre y voit une opportunité économique, tandis que la Wallonie et le monde agricole s’y opposent fermement. Les agriculteurs ont multiplié les mobilisations, dénonçant une concurrence jugée déloyale.

    Nous avons interrogé Magali Guyaut, directrice du Collectif 5C (Collectif des coopératives citoyennes pour le circuit court) pour recueillir son analyse des enjeux de cet accord et de son impact potentiel sur l’économie sociale.

    L’Union européenne et les pays du Mercosur ont officialisé la signature du traité de libre-échange ce samedi 17 janvier au Paraguay, malgré l’opposition de plusieurs pays et les inquiétudes du monde agricole. Quel message cette adoption envoie-t-elle ?

    Magali Guyaut : « C’est un très mauvais signal pour les citoyens et pour la démocratie. D’une part, en raison de l’opacité et du manque de respect des mécanismes de décision parlementaires à l’échelle européenne. D’autre part, parce que ces choix ignorent les principes de vigilance et d’anticipation des risques liés à notre souveraineté alimentaire, dans un contexte mondial, climatique et énergétique de plus en plus incertain… »

    Concrètement, qu’est-ce que cet accord de libre-échange va changer ? En quoi est-il une menace ?

    « Le Mercosur n’est qu’un pas de plus dans une dynamique déjà bien rodée : celle de l’organisation sciemment orchestrée d’une concurrence déloyale entre les producteurs, à dessein de saquer leur capacité à défendre leurs intérêts, et de les enfermer dans une logique ultra-productiviste et industrielle. Avec ce traité, elle ne fera que s’intensifier. La PAC a déjà été conduite en ce sens. On est passé d’une obsession de la productivité à celle de la compétitivité à l’exportation. Ce système pousse à produire toujours plus, non pas pour nous nourrir mieux ou protéger notre sécurité alimentaire, mais pour niveler vers le bas les prix d’achat aux producteurs, dans une logique de plus petit dénominateur commun mondial, avec un impact direct sur la qualité.

  • L’immense majorité des agriculteurs européens se font gruger par ces accords de libre-échange. Les agriculteurs belges, peu importe le type d’agriculture qu’ils pratiquent, sont prisonniers directement ou indirectement de ce modèle agro-productiviste. Celui-ci est mortifère tant pour leur autonomie financière et technique, que pour la capacité même à nous nourrir correctement. Alors qu’on nous fait croire que ces traités défendent la liberté entrepreneuriale, on dérégule en réalité toutes les mesures susceptibles de protéger nos ressources, nos agriculteurs et notre souveraineté, et on se rend dépendant de systèmes qui n’appliquent ni les mêmes normes environnementales, ni les mêmes normes sociales ! »

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    Le circuit court est, par nature, une contre-proposition à ces mécanismes
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  • En quoi ce traité enferme-t-il encore davantage les agriculteurs dans ce modèle ?

    « Dans ce contexte, la probabilité que les agriculteurs engagés dans le système agro-industriel, qui sont étranglés économiquement et dans une détresse psychologique effarante, osent changer de modèle, pour aller vers une agriculture plus durable, diminue encore. Les statistiques parlent d’elles-mêmes :  en Wallonie, on a perdu 57 % des agriculteurs en 30 ans et on s’attend à une accélération de cette disparition par trois sur les dix prochaines années ! Les agriculteurs finissent par abandonner leur métier et vendre leurs terres, qui deviennent des biens de spéculation…

    On se dirige ainsi vers une agriculture exclusivement agro-industrielle, aux mains de multinationales et, à terme, notre alimentation ne nous appartiendra plus !

    Le Mercosur, c’est un traité qui sacralise la victoire du profit sur l’humain. Les citoyens, qu’ils soient producteurs ou mangeurs, sont perdants sur tous les tableaux, tandis que l’industrie, qu’elle soit agroalimentaire, automobile ou chimique, est gagnante quoi qu’il arrive. »

    Vous voyez donc aussi le Mercosur comme une menace pour les consommateurs ?

    « Oui, complètement. Les consommateurs sont même doublement perdants.
    D’une part, avec cette sur-opulence alimentaire apparente et un marketing totalement dérégulé – comme le dit Hugo Clément – « l’abondance est un paradoxe » et on affaiblit toute vigilance en matière de consommation. On met sur le marché des produits qui répondent à des normes sanitaires, sociales et environnementales toujours plus faibles, que ce soit en matière d’équilibre nutritionnel, d’intrants chimiques (dont les pesticides et les engrais de synthèse), de viabilité d’une agriculture paysanne et autonome, de déforestation, ou de bien-être animal…

    D’autre part, ce n’est pas parce que les produits de base sont achetés toujours moins cher par la grande distribution et l’agro-industrie que les gains de prix se répercutent sur les consommateurs. Au final, on paiera proportionnellement plus cher des produits de moins bonne qualité… qui s’avèrent d’ailleurs de plus en plus nocifs pour notre santé. »

  • À qui profite finalement ce traité de libre-échange ?

    « D’abord à l’agro-industrie. Son objectif est simple : accéder à des matières premières au plus bas coût, soit par l’importation, soit en affaiblissant les capacités de négociation de nos agriculteurs en exacerbant une concurrence déloyale .

    Ensuite, et c’est paradoxal, on observe que la mobilisation autour de ce traité est récupérée par certains syndicats agricoles européens conservateurs et productivistes, comme la FNSEA ou la FWA, qui défendent un système capitaliste mondialisé et soutiennent en réalité le principe de ces accords de libre-échange. Leur opposition au Mercosur est avant tout opportuniste, pour faire avancer leurs propres agendas politiques, notamment en affaiblissant les normes environnementales du Green Deal.

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    Dans un système ultralibéral où le marketing est roi, les maillons les plus fragiles sont autant les producteurs que les consommateurs
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  • Il ne s’agit pas de protéger un marché de qualité, mais de renforcer la compétitivité, c’est-à-dire produire toujours plus, au moindre coût, avec toujours plus d’intrants. D’ailleurs, ce que ces syndicats ont demandé et obtenu, ce sont des compensations sous forme de baisse du prix de l’urée et des nitrates, qui renforcent encore un modèle productiviste extrêmement polluant. »

    Quel impact aura-t-il sur les petits producteurs et les circuits courts ?

    « Même si ce traité est profondément nocif pour ce qu’ils incarnent, les producteurs avec lesquels nous travaillons seront moins impactés que ceux qui approvisionnent l’agro-industrie. Le circuit court est, par nature, une contre-proposition à ces mécanismes ultracapitalistes et prédateurs.

    Face aux nombreuses crises, pas seulement celle du Mercosur, nous travaillons déjà à préserver nos capacités humaines et techniques à assurer notre souveraineté alimentaire et à démontrer qu’un autre modèle est non seulement nécessaire, mais possible. Les producteurs qui travaillent avec nous, majoritairement des petits producteurs engagés dans une transition agroécologique, et nos coopératives membres sont déjà organisés pour avancer à contre-courant. Ils diversifient leurs pratiques agricoles et logistiques dans une recherche salutaire d’autonomie vis-à-vis du système productiviste et industriel, tant sur le plan agronomique que commercial.

    Nous devons donc persévérer et continuer à développer ces alternatives afin de protéger les intérêts des producteurs et des consommateurs, en termes de dignité de revenu, d’accessibilité à une alimentation de qualité et de transparence. »

    Lorsque le traité sera ratifié, quelles seront les priorités du Collectif 5C pour protéger les maillons les plus fragiles de la chaîne alimentaire locale ?

    « Coluche disait : “Il suffirait de ne pas acheter pour que ça ne se vende pas…”

    Dans un système ultralibéral où le marketing est roi, les maillons les plus fragiles sont autant les producteurs que les consommateurs. Notre priorité est de protéger les intérêts des deux. Nous devons donc continuer à renforcer l’information et la vigilance des citoyens, en particulier les enfants et les jeunes parents, sur ce qu’ils consomment. Il s’agit aussi de fédérer les consommateurs pour leur permettre de s’organiser, de défendre leurs intérêts et de cultiver ensemble le plaisir d’une alimentation saine et durable.

    Le lien est au cœur de tout. Les coopératives jouent un rôle clé en créant du lien sur leurs lieux de vente, en accueillant, en sensibilisant… Nous travaillons aussi à renforcer les liens entre agriculteurs, pour développer la complémentarité, la mutualisation et la responsabilité de nourrir la population avec une alimentation de qualité, respectueuse de la santé et de l’environnement.

    Enfin, il nous faut rapprocher producteurs et consommateurs, consolider le rôle social et commercial des coopératives et maintenir une force de mobilisation face au modèle actuel. Nous voulons montrer qu’un autre système agroalimentaire est non seulement nécessaire, mais aussi viable et désirable, et oser dire non à des accords de libre-échange aux conséquences désastreuses pour l’immense majorité des citoyens. »

     

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