En tractation depuis plus de 25 ans, le traité Mercosur est un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du « Marché commun du Sud » : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Il vise à supprimer les droits de douane pour faciliter les échanges industriels dans des secteurs comme l’automobile, la chimie, l’industrie pharmaceutique, l’électrotechnique, le textile et, surtout, l’agroalimentaire.
En Belgique, le dossier est particulièrement sensible. Le pays s’est abstenu lors du vote clé du Conseil de l’UE le 9 janvier dernier, révélant une fracture interne : la Flandre y voit une opportunité économique, tandis que la Wallonie et le monde agricole s’y opposent fermement. Les agriculteurs ont multiplié les mobilisations, dénonçant une concurrence jugée déloyale.
Nous avons interrogé Magali Guyaut, directrice du Collectif 5C (Collectif des coopératives citoyennes pour le circuit court) pour recueillir son analyse des enjeux de cet accord et de son impact potentiel sur l’économie sociale.
L’Union européenne et les pays du Mercosur ont officialisé la signature du traité de libre-échange ce samedi 17 janvier au Paraguay, malgré l’opposition de plusieurs pays et les inquiétudes du monde agricole. Quel message cette adoption envoie-t-elle ?
Magali Guyaut : « C’est un très mauvais signal pour les citoyens et pour la démocratie. D’une part, en raison de l’opacité et du manque de respect des mécanismes de décision parlementaires à l’échelle européenne. D’autre part, parce que ces choix ignorent les principes de vigilance et d’anticipation des risques liés à notre souveraineté alimentaire, dans un contexte mondial, climatique et énergétique de plus en plus incertain… »
Concrètement, qu’est-ce que cet accord de libre-échange va changer ? En quoi est-il une menace ?
« Le Mercosur n’est qu’un pas de plus dans une dynamique déjà bien rodée : celle de l’organisation sciemment orchestrée d’une concurrence déloyale entre les producteurs, à dessein de saquer leur capacité à défendre leurs intérêts, et de les enfermer dans une logique ultra-productiviste et industrielle. Avec ce traité, elle ne fera que s’intensifier. La PAC a déjà été conduite en ce sens. On est passé d’une obsession de la productivité à celle de la compétitivité à l’exportation. Ce système pousse à produire toujours plus, non pas pour nous nourrir mieux ou protéger notre sécurité alimentaire, mais pour niveler vers le bas les prix d’achat aux producteurs, dans une logique de plus petit dénominateur commun mondial, avec un impact direct sur la qualité.