En Belgique, la crise de la santé mentale est fulgurante. Entre 2018 et 2023, le nombre de personnes en incapacité de longue durée pour burn-out ou dépression a augmenté de 44 %, tandis que près d’un Belge sur cinq souffre de troubles de santé mentale. Face à ce constat alarmant, l’agriculture sociale et de soin constitue une pratique reconnue, innovante et complémentaire à d’autres approches psychothérapeutiques et psychopharmacologiques. Dans les fermes partenaires, des personnes en burn-out, en souffrance psychique ou en situation d’isolement retrouvent un rythme, du lien social et un quotidien porteur de sens. Depuis 2017, plus de 1500 (2025) personnes ont été accueillies dans 330 fermes en Belgique francophone, dont 700 (550 en 2025) accompagnées par l’ASBL Nos Oignons en Brabant wallon et à Bruxelles.
Les activités de terrain de l’ASBL n’ont jamais connu une fréquentation si haute qu’actuellement et le travail de plaidoyer à l’échelle régionale n’a jamais été aussi visible et reconnu. En janvier dernier, le Parlement wallon consacrait une audition conjointe des commissions Santé et Agriculture à l’agriculture sociale et de soin. Plusieurs parlementaires et membres du Gouvernement y avaient souligné l’intérêt de cette approche face aux défis de santé mentale, d’inclusion sociale et de développement rural. De plus, l’agriculture sociale figure dans la Déclaration de Politique Régionale wallonne. Fin mai, le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, déclarait en réponse à une question parlementaire que « la volonté politique de consolider le soutien est claire ».
Utilité reconnue mais manque de soutien réel
Les acteurs de terrain alertent aujourd’hui sur un paradoxe : alors que l’utilité de l’agriculture sociale et de soin est de plus en plus reconnue, son financement est largement insuffisant, à court et moyen terme : outre l’ASBL Nos Oignons, l’ensemble des activités d’agriculture sociale et de soin existant en Wallonie risquent de s’arrêter d’ici la fin 2027. Les projets ne bénéficient toujours pas de perspectives durables, malgré un travail de proposition porté depuis plus de 3 ans entre autres au sein du « Collectif Agriculture Sociale en Wallonie ».
200 organisations et professionnelles co-signent donc une carte blanche pour tirer la sonnette d’alarme (en annexe), dont La Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale, l’Union professionnelle des psys cliniciens francophones et germanophones (UPPCF), la Fédération des Services Sociaux (FDSS), la Fédération des Maisons Médicales, la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA), des fermes, des services et hôpitaux psychiatriques, de nombreux psychiatres et professionnel·les du social, de la santé, de l’agriculture et de l’environnement… Les signataires attendent désormais des réponses et des actes concrets : « Au vu de la crise des trois santés interconnectées – humaine, sociale et environnementale -, cette solution est rentable pour la société. Il est urgent d’agir pour ne pas perdre l’expertise de l’asbl Nos Oignons, et de ses collègues à peine mieux lotis ».
Une ASBL pionnière fermera ses portes
Nos Oignons arrêtera ses activités le 15 octobre. Seule perspective : si un soutien public durable venait à se confirmer, elle pourrait reprendre le travail au printemps 2027.
« Nous avons le sentiment qu’il existe aujourd’hui un décalage important entre les constats partagés, les engagements exprimés publiquement et les moyens effectivement mobilisés. Les subsides qui nous étaient accordés ces dernières années étaient déjà très insuffisants, on nous annonce récemment leur réduction d’un tiers qui signe tout simplement la fin des activités et des contrats de travail.
Nous ne pourrons nous relancer au printemps 2027 que si nous obtenons des garanties de refinancement à la hauteur des besoins, et des perspectives sur les 3 prochaines années au moins.
Nous sommes bien conscients de la réalité des finances publiques. Nous avons d’ailleurs toujours diversifié nos sources de financements, en faisant appel à des fondations privées. Toutefois, toutes nous adressent le même message : leur engagement est conditionné à l’existence d’un soutien public clair et durable. En d’autres termes, le financement public ne se substitue pas au financement privé, il le déclenche », explique Samuel Hubaux, coordinateur de Nos Oignons. »
Des initiatives ont fait leurs preuves ailleurs. La Flandre compte environ 1 000 fermes de soin et les Pays-Bas accueillent chaque année quelque 35 000 personnes dans des structures reconnues et financées par les systèmes de santé.
CARTE BLANCHE : https://nosoignons.org/carte-blanche/